Félix, empoisonné par les amants diaboliques à Huissignies

L’arsenic, une substance utilisée couramment par les criminels.
L’arsenic, une substance utilisée couramment par les criminels. - B.L

Le 8 novembre 1892, une femme est appelée à témoigner devant la cour d’assises du Hainaut. Elle se dirige vers le box des accusés, les gendarmes la dirigent vers la barre des témoins. En mars 1892, Nathalie Bal, 37 ans, a écopé de la peine des travaux forcés à perpétuité pour avoir empoisonné son mari, Félix Van Cauwenberghe.

L’homme qui est dans le box des accusés est son ancien amant, Henri Verstraete, un tailleur courtraisien. Il avait été soupçonné de complicité mais la chambre du conseil avait prononcé un non-lieu en sa faveur.

S’il est dans le box des accusés, c’est à cause de Nathalie qui l’a balancé après la découverte d’une lettre que lui avait envoyée son amant. Dans cette lettre, il est écrit : « avez-vous fait cela avec le petit paquet, comme je vous l’avais dit ? » La lettre a été écrite par Henri, un expert en graphologie l’atteste. Or, Félix a été empoisonné à l’arsenic !

L’innocence clamée

Nathalie est prête à dire la vérité. De toute façon, elle sait qu’elle passera sa vie à l’ombre, son témoignage n’y changera rien. Elle regarde l’accusé, lève son doigt et déclare : « Nul autre ne m’a ouvert la porte de la prison que Verstraete, nul autre ne m’a donné de mauvais conseil que Verstraete. Nul autre que Verstraete ne m’a dit de faire mourir mon mari. Je reconnais le crime pour lequel je subis ma peine actuellement mais, sur la tombe de mon mari, je vous jure que c’est Verstraete qui m’y a forcée. Je ne nie pas avoir été sa maîtresse, j’ajouterai même que je l’ai bien aimé mais c’est lui qui est l’auteur de mes malheurs ».

Le prétoire est silencieux. S’exprimant mi en français, mi en flamand, l’accusé répond qu’il est innocent. Il n’a ni rédigé la lettre, ni fourni le poison, ni conseillé à Nathalie d’empoisonner son mari.

Nathalie poursuit son témoignage durant deux heures trente. Elle raconte comment Henri l’a séduite alors qu’elle vivait seule avec ses six enfants à Courtrai, comment il était obsédé par l’idée de faire disparaître Félix.

Sous la pression de son amant

Elle raconte également qu’elle n’était pas heureuse en ménage. Félix était souvent absent et, quand il était présent, il pouvait se montrer violent. Plus tard, elle reçut une lettre de son amant, il y avait de la poudre blanche. Elle a tout jeté dans le feu.

Henri lui mettait un peu plus de pression dans chacune de ses lettres. Un jour, à Courtrai, les amants se croisèrent sur le marché. Elle avait acheté des chaussettes pour son mari, Henri était fou de rage. « Il m’a dit : tu me promets de le faire mourir et tu lui achètes des chaussettes. Il les jeta au feu ».

Mise sous pression par son amant, battue par son mari, Nathalie prit la résolution de verser un autre paquet de poudre envoyé par son amant, dans la soupe de son époux, qui tomba malade et décéda le soir même.

Elle termine son récit en déclarant que le procureur du roi avait vu juste lors de son procès. « Il avait touché juste quand, le jour de ma condamnation, il a déclaré : cette femme a empoisonné son mari mais j’ai la conviction que le poison lui a été fourni par un tiers qui ne peut être autre que Verstraete ».

Elle ajoute : « voyant qu’il avait deviné juste, je fus sur le point de lui avouer tout. Ce qui m’a retenu, c’est la présence de mon fils dans la salle. Il était gravement malade, presque mort. Je me retins donc pour mon fils. Lorsque je fus condamné, il vint me voir dans la salle d’attente des accusés. Il m’embrassa en sanglotant en me disant : adieu ma mère ! Je vais mourir et je ne vous reverrai plus. Pauvre enfant, il est mort quatre semaines après. Je ne l’ai plus jamais vu et je n’ai plus jamais reçu de ses nouvelles. Mais avant de le quitter, j’avais eu le temps de lui demander de m’apporter à la prison une lettre cachée dans l’étable. C’est ce qu’il a fait et c’est ainsi que j’ai dénoncé Verstraete ».

Henri a été condamné de la peine de mort pour assassinat.

Ensemble, 5 jours après le décès

Une affaire jugée en deux temps.
Une affaire jugée en deux temps. - B.L

En 1889, Nathalie habitait en face de chez Henri à Courtrai, avec ses six enfants. Son mari travaillait alors à la sucrerie d’Estaimbourg et ne revenait qu’une fois par semaine. Elle en profitait pour le tromper.

Henri prétend que c’est elle qui l’a séduit. Il n’a fait que répondre à ses avances amoureuses. Il explique les faits par de grands gestes. Quand le président lui reproche d’avoir vécu avec une femme mariée, il répond : « quand vous avoir l’occasion d’avoir une femme, vous pas manquer votre coup non plus ».

Il conteste avoir menacé de mort sa maîtresse quand elle lui a annoncé qu’elle partait vivre avec son mari à Huissignies, lequel avait trouvé un travail dans cette région.

Le président tente de l’interrompre car il raconte beaucoup de choses inutiles lors de l’instruction d’audience mais l’accusé n’en démord pas. Il souhaite parler : « quand je serai condamné, il sera trop tard. Je veux m’expliquer avant ».

Interrogé sur le fait qu’il a repris ses relations intimes avec la veuve cinq jours après la mort du pauvre homme, il répond que c’est la preuve qu’il n’avait rien à se reprocher. « Je ne suis pas si bête que ça. Quand on met le feu quelque part, on n’y reste pas pour s’y brûler ».

Il regrette s’être laissé entraîner par cette femme. Il dit : « si c’était à refaire, je continuerais à vivre avec ma mère, je serais ainsi à l’abri de tout ce qui m’arrive aujourd’hui ».

Lors de l’audience de 9 novembre, le président décide de faire entendre un nouveau témoin, M. Decock, droguiste à Bruxelles. Il déclare que c’est Arthur Bonte a délivré le poison qui a tué Félix ajoutant « qu’il s’en était bien tiré chez le juge d’instruction ». Le témoin ajoute qu’il avait prié un commissaire de police de Bruxelles d’en informer le juge d’instruction, mais le policier n’ayant fait aucune démarche. Il se mit en contact lui-même avec le juge.

Armand Hubert a réclamé la condamnation de l’accusé, déclarant qu’il avait cherché à innocenter sa maîtresse pour s’innocenter lui-même. « Nathalie n’a fait que des aveux complets que quand elle a su que tout était fini pour elle. La complicité est prouvée par la hâte que mit l’empoisonneuse à prévenir son amant de la mort de son mari ».

Me Alphonse Petit a réclamé l’acquittement de son client en s’étalant sur la perversité de Bal « qui voudrait faire peser tout le poids du crime sur son amant ».

La circonstance aggravante de préméditation a été retenue. Il a été condamné à la peine de mort.

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