Yvon, tué à Jurbise: la Sonégienne Mélissa condamnée à 25 ans de prison

Mélissa devait entrer dans la police.
Mélissa devait entrer dans la police. - DR

La jeune femme, qui était alors en formation pour devenir policière, a été reconnue coupable d’une tentative de vol et de plusieurs circonstances aggravantes dont celle d’avoir tué un homme en position de faiblesse.

Les jurés ont rappelé à la jeune aspirante policière que sa mission « était de protéger » les gens et non de détruire des vies.

Yvon, tué de 59 coups de couteau à Jurbise: la perpétuité est réclamée contre Mélissa

Mélissa risque la perpétuité.
Mélissa risque la perpétuité. - DR/EG

L’avocate générale Vanessa Samain a requis, ce jeudi, une peine de réclusion criminelle à perpétuité contre Mélissa Beth, coupable d’une tentative de vol et de plusieurs circonstances aggravantes dont celle d’avoir tué Yvon Gehin chez lui à Jurbise, le 22 mars 2020. L’avocate générale a demandé à ne pas descendre sous la barre des 27 ans de réclusion criminelle.

L’avocate générale est inquiète face à l’impossibilité pour la meurtrière d’expliquer son passage à l’acte. « Comment réagira-t-elle face à une nouvelle source de frustration ? Ses soucis financiers ne vont pas s’améliorer ». Alors qu’elle touchait encore son traitement d’aspirante policière car elle était suspendue, l’arrêt rendu mercredi soir met fin à sa carrière. En prison, Mélissa Beth travaille et s’est tournée vers la religion catholique, « mais le chemin est encore extrêmement long ».

Pas de circonstances atténuantes…

Le code pénal prévoit une peine de réclusion criminelle à perpétuité pour la tentative de vol avec circonstance aggravante de meurtre. Toutefois, cette peine peut descendre à 30 ans maximum en cas de circonstances atténuantes dont il n’existe aucune définition légale. Elles sont propres à chaque cause. Trois sont généralement retenues par les cours et tribunaux : l’impératif de sécurité publique, la gravité des faits et la personnalité de l’accusé.

La maison de la victime.

Dans le cas présent, il y a une atteinte aux biens et à la personne de la victime. Quant aux faits, ils sont d’une extrême gravité, d’une extrême violence. La victime n’avait aucune chance d’en réchapper. De plus, Yvon Gehin était une personne vulnérable en raison de son âge, 88 ans, et de son état de santé. L’octogénaire était diminué depuis son AVC en 2005.

Quant à l’attitude de l’accusée après les faits, elle est choquante et fait froid dans le dos. Mélissa Beth a repris le cours normal de sa vie, poursuivant notamment sa formation de police. « Cela me choque, et c’est choquant pour l’ensemble de la société, de voir que Mélissa Beth, qui a prêté serment, jurant de protéger la société, commettre ce genre de faits ».

Une énigme

C’est peut-être dans sa personnalité qu’il faut chercher des circonstances atténuantes. « Sa personnalité reste pour moi une énigme. Prête à faire la fête pour les uns, secrète pour les autres. On est dans quelque chose de flou. Qui est-elle finalement ? Les experts disent qu’elle est colérique, rancunière. D’autres disent qu’elle manque d’empathie, qu’elle est froide ».

Quant à son vécu, l’avocate générale le qualifie de « banal ». Mélissa Beth n’est pas une cabossée de la vie, elle a grandi dans une famille qui l’aime. « Ses parents continuent à la soutenir, ils ont fait ce qu’ils ont pu. Ils ont mis en place un suivi psychologique durant son adolescence. Des perches lui ont été tendues mais elle a été incapable de saisir les opportunités qui lui étaient offertes. »

Mélissa Beth n’avait aucun antécédent judiciaire. Pour l’accusation, ce n’est pas une porte ouverte vers les circonstances atténuantes.

Enfin, concernant l’amendement, Mélissa s’est peu livrée lors de son procès alors que tout le monde l’a encouragée à dire les choses, à ouvrir son cœur. « On attend quelque chose d’elle, qu’elle s’explique. C’est aujourd’hui qu’elle doit le faire, qu’elle sorte de cette carapace ».

L’avenir ou la mort sociale

Me Frank Discepoli, pour la défense, s’est opposé à la perpétuité réclamée par l’accusation. « Vous allez juger de l’avenir ou de la mort sociale de l’un des vôtres, de quelqu’un qui aurait pu être votre agent de quartier. Vous ne savez pas qui elle est, vous ne la voyez même pas derrière ces vitres en plexiglas. On est loin de la proximité d’autrefois, où on pouvait regarder l’accusé dans les yeux », regrette le pénaliste. Il n’est pas le seul.

Frank Discepoli, avocat de l’accusée.

L’avocat a rappelé aux jurés qu’ils n’étaient pas des spectateurs de faits divers mais des juges qui détiennent dans leur main le destin d’un être humain. « Sa personnalité ne se résume pas à ce qu’elle a fait, même si c’est impardonnable, si elle est impardonnable. C’est une jeune femme qui est aimée, qui peut être aimée, qui peut se rendre utile ».

Un bel avenir gâché

Rien ne prédisposait cette jeune femme, âgée de 26 ans à l’époque, à planter 59 fois un couteau dans une chair humaine. Elle était promise à une belle carrière dans la police. « Tout était aligné pour qu’elle soit une fierté pour ses parents ».

L’avocat note que, chaque fois qu’on lui a imposé des balises, Mélissa Beth les a respectées. « Un ancien gendarme a déclaré que, de tous les moniteurs canins qu’il avait formés, elle était la meilleure ».

Les parents de Mélissa ont été choqués par la perquisition et l’arrestation de leur fille. « Incrédules, ils ont vu leur fille partir vers la prison ». Courageusement, ils ont continué à soutenir leur fille alors que, eux aussi, sont cassés par ce qui est arrivé et se posent des questions.

Sa carapace

Mélissa est-elle Janus, ce monstre à double face ? L’avocat ne le pense pas. L’avocat montre une photo de Mélissa, en 2019. Elle avait encore ses longs cheveux, des lunettes. Aujourd’hui, elle a des cheveux courts, elle est plus masculine que féminine. « Extérieurement, elle donnait le change. Intérieurement, elle était fragile. C’est ça la carapace. Elle ne partageait pas son vécu et ses émotions avec les autres. Les experts ont dit qu’elle avait un avant-plan affirmé et un doute en arrière-plan ».

Yvon Gehin.

La jeune femme n’a jamais demandé à personne de l’aider. « D’où vient ce mal-être intérieur ? Cette impossibilité de tendre la main ? On l’ignore ».

Enfin, révéler son homosexualité a été difficile pour la jeune femme. Sa maman, qui la surprotégeait durant son enfance, ne l’a pas acceptée.

« J’y pense tous les jours »

Pour la dernière fois du procès, le président a donné la parole à Mélissa Beth. « J’ai des regrets, je ne demanderai jamais assez pardon, Je ne pardonnerai jamais. J’y pense tous les jours et j’y penserai certainement toute ma vie. Je ne veux plus jamais faire de mal à qui que ce soit. J’espère retrouver ma famille, être une bonne personne pour la société. Je regrette ce qui s’est passé », a-t-elle déclaré en larmes, avouant que parler n’a jamais été son fort.

La cour et les jurés sont partis débattre sur la peine à infliger à Mélissa Beth.

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