Un comité d’experts pour piloter des «États généraux de la transition juste»

Un comité d’experts pour piloter des «États généraux de la transition juste»
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Ce « Haut comité pour une transition juste » sera présidé par les professeurs Bea Cantillon (université d’Anvers) et Marek Hudon (ULB). Il regroupe en tout 22 experts des domaines du social, de l’économie, de l’innovation démocratique et des sciences de la terre. On y retrouve des noms connus comme Jean-Pascal van Ypersele, Olivier De Schutter et David Van Reybrouck, parmi une large liste d’universitaires du nord et du sud du pays. Pour l’UCLouvain, on y retrouve par exemple Thierry Amougou, Isabelle Ferreras, Pascale Vielle et Géraldine Thiry. De l’ULB, Elise Dermine et Tom Bauler sont repris, ainsi que Sybille Mertens de l’ULiège et Delphine Misonne de Saint-Louis.

Le comité aura pour mission d’apporter une contribution scientifique à la future conférence nationale sur une transition juste qui doit, selon l’accord de gouvernement, « aborder les défis en matière d’emploi, de politique sociale, de requalification et d’économie » que va apporter la transition vers une économie plus verte. Un rapport est attendu avant le printemps 2023, selon le cabinet de la ministre Khattabi. La ministre écologiste en attend entre autres des recommandations, précisions sur les publics qui doivent être au centre de la politique belge de « transition juste », etc.

« L’ambition est aussi de lancer une conférence internationale ’transition juste’ dans le cadre de la présidence belge du Conseil de l’UE », début 2024, ajoute Bernard Mazijn, directeur de cabinet de la ministre.

« On parle de transition juste, mais il y a une multiplicité de définitions, liées à différentes approches. Aujourd’hui il y a intérêt à synthétiser ceci, expliquer, définir. (?) Il y a aussi nécessité d’articuler ce concept avec d’autres, comme la justice environnementale, les Objectifs de développement durable, voir à quel moment on parle de la même chose, si ce débat peut nous permettre d’avancer sur d’autres », a exposé Marek Hudon mardi, lors de l’évènement de lancement et de présentation du comité.

« L’idée de transition juste avait été promue par les syndicats (il y a plus de 20 ans) pour réconcilier emploi et environnement », a rappelé la ministre du Climat lors de sa prise de parole. Le concept n’est donc pas neuf, mais est revenu sur le devant de la scène en parallèle du « Green Deal » européen : comment éviter que la transition vers une économie décarbonée, que souhaite opérer l’UE d’ici 2050, et la transformation en une société plus durable ne se fassent au détriment de la qualité de vie et du pouvoir d’achat des groupes de population les plus vulnérables ? La question est d’autant plus d’actualité que l’UE clame sa volonté de se détacher des sources d’énergie fossile russes, dans un contexte de hausse déjà marquée des prix de l’énergie (gaz, électricité, carburant).

Il y a près d’un an, l’UE a donné son feu vert à la création d’un « Fonds pour une transition juste », une enveloppe de 17,5 milliards d’euros (prix 2018) qui doit justement aider les États membres à réaliser le « Green Deal » européen en en allégeant les coûts socio-économiques dans les régions et communautés les plus susceptibles d’en souffrir, soit celles qui dépendent encore fortement des combustibles fossiles ou des industries à forte intensité de gaz à effet de serre. Un des objectifs de ces financements européens est de soutenir la reconversion et la remise à l’emploi de personnes qui perdraient leur boulot à cause d’une diversification de l’économie locale.

« La bonne nouvelle est que la transition écologique est source de création d’emplois, et offre le potentiel d’aller vers plus de justice sociale, pour autant qu’on la prépare », assure Zakia Khattabi. L’objectif est donc que « protection de l’environnement et protection sociale se renforcent mutuellement ».

Pour que la transition fonctionne, il faut cependant qu’elle soit « comprise » par le grand public, et « perçue comme équitable », prévient la ministre. Cela fera partie de la réflexion du haut comité d’experts. À cet égard, le fonctionnement des politiques « en silo » est contre-productif, constate d’emblée Marek Hudon. « On a tendance à fonctionner en silos, avec un silo social, un silo environnemental, un silo numérique… Mais en séparant tout, on a un risque d’effet rebond et d’incohérences, qui mènent à de l’incompréhension, ce qui peut à son tour mener à de la démotivation et finalement des révoltes ».

« La transition climatique est une question sociale, car la contribution aux émissions de GES est inégale entre pays et entre personnes, et parce que la population n’est pas non plus concernée de manière équitable par les conséquences », a rappelé Bea Cantillon, en prenant pour exemple les inondations de l’été dernier en Wallonie. « C’était visible, à quel point l’impact était inéquitable sur le plan social ».

Autrement dit : les plus riches ont tendance à contribuer davantage au réchauffement climatique, qui en retour touche avant tout les plus défavorisés. La qualité de l’air dans une grande ville comme Anvers, quartier par quartier, en est un autre exemple, expose Bea Cantillon : « il y a une forte corrélation entre revenu faible et mauvaises conditions de vie ». Or, la politique en matière de transition climatique risque également de peser avant tout sur les plus bas salaires, met-elle en garde.

Les « États généraux » de la transition juste ne se limiteront pas au groupe d’experts, selon le cabinet de la ministre Khattabi. Ce comité d’experts apportera l’angle scientifique, mais le cabinet prévoit aussi une « agora » pour impliquer les citoyens et un « forum » avec l’intégralité des acteurs concernés, selon le directeur de cabinet.

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