La Suisse siégera en 2023 et 2024 au Conseil de sécurité de l’ONU

La Suisse siégera en 2023 et 2024 au Conseil de sécurité de l’ONU
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Candidate officiellement depuis plus de 10 ans, elle était la seule à briguer avec Malte les deux sièges non permanents du bloc d’Europe occidentale au sein de l’organe exécutif du système onusien, bloqué depuis des années par le droit de veto des grandes puissances. Mais il lui fallait pour autant rallier au moins deux tiers des Etats membres votants parmi les 193 de l’organisation. Avec 187 voix, la Suisse égale un record pour un Etat d’Europe occidentale.

Dès janvier prochain, elle participera comme membre non permanent aux travaux du Conseil de sécurité pour deux ans, nouvelle entrante aux côtés de Malte, du Mozambique, de l’Équateur et du Japon. Avec notamment une présidence en mai prochain et une probable en septembre 2024 qui lui permettront de donner le ton à l’organe exécutif de l’ONU.

Avec cette élection, la Suisse sera dans les prochains mois au centre des défis de la communauté internationale. Début juillet, elle accueillera la conférence sur la reconstruction de l’Ukraine à Lugano (TI) à laquelle pourrait participer le président ukrainien et où des dizaines d’Etats sont conviés.

De même, elle attend toujours une réponse de la Russie à l’offre suisse de représentation des intérêts ukrainiens dans ce pays et inversément. Une proposition acceptée par l’Ukraine.

«La Suisse se trouve en ce moment dans un chapitre important de son histoire en termes de politique étrangère», a affirmé mercredi soir le président de la Confédération Ignazio Cassis. Parmi les défis au Conseil, Berne souhaite que le veto soit utilisé le moins souvent possible par les Etats-Unis, la Russie, la Chine, la France et la Grande-Bretagne.

Ces dernières semaines, les dirigeants de plusieurs pays ont relayé leur enthousiasme sur l’arrivée de Berne. Ils ont souvent mentionné son rôle de médiateur, devenu encore très recherché au Conseil en pleines tensions sur l’Ukraine.

La neutralité aura souvent été au centre des questions. La Suisse a depuis longtemps fait l’analyse qu’elle n’était pas incompatible avec un engagement actif au Conseil de sécurité. Plus récemment, elle est également arrivée à cette approche sur l’application des sanctions russes.

Mardi, l’ambassadeur français à l’ONU à New York Nicolas de Rivière avait suggéré à Berne d’éviter «d’avoir une vision trop littérale de sa neutralité» au Conseil. Ce à quoi M. Cassis rétorque que la Suisse applique un droit de la neutralité «littéral», mais qu’il faut faire la différence avec la politique de neutralité qui permet davantage de flexibilité.

Paradoxalement selon certains observateurs internationaux, la lutte pour ce siège aura été plus acharnée sur le front intérieur qu’auprès des autres Etats. Depuis des années, l’UDC et son tribun Christoph Blocher ont milité contre cette participation au Conseil de sécurité, souhaitant même que cette question soit réglée devant le peuple.

Côté ONG aussi, le soutien n’est pas entier non plus. La coalition Alliance Sud a pointé notamment le rôle de la place financière helvétique et des grandes entreprises multinationales. Celles-ci «violent les droits humains dans les pays économiquement défavorisés et nuisent considérablement à leur développement durable», selon elle.

Jusqu’au bout, le parti de droite aura tenté de s’opposer à ce scénario, obtenant des sessions extraordinaires dans les deux chambres du Parlement suisse. Malgré plusieurs motions, il n’aura pas réussi à convaincre sur ses craintes d’un effritement des possibilités de bons offices suisses en cas d’association à l’instance onusienne.

Conforté par ce large soutien, le Conseil fédéral a annoncé récemment qu’il mettrait l’accent pendant son mandat sur la paix et le climat. La Suisse veut aider à une paix durable, protéger la population civile, oeuvrer à la sécurité climatique et renforcer l’efficacité de l’organe. Depuis longtemps, elle défend une réforme du Conseil de sécurité alors que l’enceinte est bloquée par le droit de veto des cinq membres permanents.

La Suisse souhaite encore exploiter le rôle de la Genève internationale et son statut d’Etat hôte. Sa marge de manoeuvre ne doit pas être surestimée, mais elle pourra donner le ton aux différents travaux pendant sa ou ses présidences. Dans une période de tensions en raison de la guerre en Ukraine, un certain nombre de pays attendent également un effort de la Suisse pour tenter de déverrouiller le Conseil de sécurité.

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